lundi 15 mai 2017

Je souris, mi-ironique mi-indulgent...




Je souris, mi-ironique mi-indulgent, quand je vois que la grande vague de " dégagisme " 

qui a ravagé le débat politique pendant l'élection présidentielle, et dont je croyais qu'elle était essentiellement l'apanage de Le Pen ou de Mélenchon, a désormais gagné largement les responsables du nouveau parti présidentiel. Ainsi donc le "sortez les sortants" devient le nouveau slogan à la mode.

Je souris, mi-ironique mi-indulgent devant cette poussée de  " jeunisme " selon laquelle du passé il faudrait  donc faire table rase, comme si le futur d'un pays, d'une société , ne pouvait se construire que dans le reniement de son passé, de son histoire, comme si l'expérience n'était plus une vertu mais une tare indélébile...

Je souris, mi-ironique mi-indulgent, d'entendre le Président de la commission d'investiture du nouveau parti présidentiel, expliquer fraîchement du haut de ses 70 ans et de ses 34 ans de mandats électifs locaux et nationaux, que l'élu ancien et expérimenté, voilà l'ennemi ! 

Je souris, mi-ironique mi-indulgent, quand je vois que se multiplient les "couacs" dans ces investitures, là  un conseiller du président-sortant  qui renonce, ici un député socialiste qui dément, là un candidat dénoncé par le Crif , ici un président de club de rugby qui dément , comme quoi le neuf n'est pas toujours professionnel...

Je souris, mi-ironique mi-indulgent, quand je vois que ce parti investit dans la circonscription dont je suis l'élu, un homme " neuf", sans passé politique , puisqu'il a déjà été membre de l'UDF, du Modem, de l'UDI, et qu'il fut le délégué départemental de Juppé à la primaire de la droite.

Je souris, mi-ironique mi-indulgent, en constatant que ce parti ne semble  pas plus respecter  ses militants dont je comprends l’amertume, que les critères qu'il affiche publiquement avec une certaine arrogance,  quand il investit un candidat qui n'était pas militant d'en marche  et qu'il n'avait nullement déposé sa candidature " dans les règles " comme ils disent... c'est cela sans doute la nouvelle façon de faire de la politique. 

Je souris, mi-ironique, mi-indulgent, d'entendre cet homme, maire de Bagnères de Bigorre, expliquer à ses concitoyens que ce mandat est celui auquel il tient le plus sans leur dire qu'il est candidat pour ne plus l'être. À moins qu'il ne dise pas aux électeurs de notre circonscription, qu'il se présente pour  ne pas être élu afin de rester maire. C'est sans doute cela la transparence et la sincérité de cette " nouvelle manière " de faire de la politique...

Je souris, mi-ironique mais un peu moins indulgent, quand je vois le maire de Tarbes, chef de la droite locale, envisager de se porter en soutien du candidat du parti présidentiel en ne présentant pas de candidat de droite, puisque le seul objectif valable serait de " sortir le sortant", en me donnant des leçons de renouvellement, lui qui doit avoir 5 ans de plus  que moi et qui fut député 7 ans avant moi, et au nom du " mal" que j'aurais fait à notre département , lui qui est le meilleur juge  du bien et du mal puisqu'il est mis en examen trois fois pour des affaires privées et publiques...Et je souris mi-ironique mi-indulgent quand je constate que ce soutien si peu estimable et bien compromettant ne paraît pas gêner celui qui veut défendre le renouveau de la politique..

Oui, je souris, mi-ironique mi-indulgent devant tout cela.

Et je me dis bien modestement qu'il y a sans doute un moyen d'aider plus  et mieux le nouveau Président. En défendant le territoire de Bigorre dans la sincérité et le respect des électeurs. En homme loyal, qui affiche clairement son soutien au Président sans arrière-pensée ; en homme debout, la tête haute, fort de ses convictions d'homme de Gauche qui ne renie pas ses engagements,  de républicain laïque depuis toujours ; en homme-libre qui ne sera jamais un godillot car les meilleurs amis sont ceux qui disent la vérité. 

mardi 2 mai 2017

Déclaration de Bertrand Delanoe sur RTL


Vendredi, sur RTL, Bertrand DELANOE a développé un raisonnement visant à dénoncer le non-choix d'une partie de l'extrême-gauche pour le deuxième tour de l'élection présidentielle. Il a rappelé l'histoire de l'Allemagne de l'entre-deux-guerres quand l'extrême-gauche allemande, refusant de choisir entre la social-démocratie et Hitler, avait permis l'accession au pouvoir de ce dernier par les urnes. Aussitôt, les commentateurs se déchaînent pour  l'excès de Bertrand : pensez donc, comparer Madame La Peine à Hitler, c'est une dramatisation bien excessive ! Sauf que...
Sauf que Bertrand, d'un point de vue objectif, ne voulait pas faire  cette comparaison, son raisonnement portait  d'abord et avant tout sur le non-choix et ses conséquences. Et, de ce point de vue, il faut bien dire les choses clairement : ne pas choisir, c'est indirectement mais concrètement faire le jeu de l'extrême-Droite.

mardi 25 avril 2017

Après le 1er tour de l'élection présidentielle …

La surprise de dimanche, c'est qu'il n'y a pas eu de surprise ! Les sondages ne s'étaient donc pas trompés et nous aurons donc un 2ème tour Macron / Le Pen comme annoncé depuis des mois.
Les seules surprises, au fond, ce sont la percée de Mélenchon d'une part, l'effondrement de Benoît HAMON d'autre part, les deux étant en partie liés. J'y reviendrai.
J'oserai ajouter une deuxième surprise : la présence de Marine Le Pen au 2ème tour a semblé ne plus surprendre personne !
En 2002, l'élimination de JOSPIN et la présence du papa de Marine au 2ème tour avait été un coup de tonnerre ! Une surprise désagréable, une blessure terrible pour la Gauche.
Là, rien, on s'habitue.
Et pourtant, c'est encore plus grave. D'abord car on le voyait venir et rien ni personne n'a pu l'empêcher. Signe que la crise démocratique est toujours plus importante et profonde.
Ensuite parce que, à la différence de 2002, « Madame La Peine » comme l'appelle un de mes amis journaliste engagé, va faire un score beaucoup plus élevé que son père au 2ème tour.
La faute à l'élimination de la Droite et à la proximité des électorats droite extrême – extrême droite ; la faute aussi à la « trahison » de Chirac en 2002 oubliant dès son élection, la majorité des électeurs qui l'avaient porté au pouvoir pour 5 ans supplémentaires. Des électeurs désormais tentés de dire « on ne m'y reprendra plus ».
C'est d'ailleurs la question majeure qui se pose à Macron : il vient de réaliser 24 % ce qui le place en tête, bravo à lui.
Mais pour être élu et obtenir 51 % (au moins ! Espérons plus, beaucoup plus) il faut en réunir 27 % de plus soit bien plus que les « convaincus » du 1er tour.
Et ce sont ceux-là qu'il ne faudra pas oublier demain. Alors, bien sûr, à la différence de Chirac, Macron s'est engagé sur une ligne d'unité nationale, rassemblant des femmes et des hommes de son parti nouveau, du centre, de gauche et de droite.
Soit. Mais on ne pourra pas réunir une majorité présidentielle solide le 7 mai et législative en juin, sans faire toute leur place, dans la clarté à ceux qui vont s'additionner aux 24 % du 1er tour.
Soyons clairs : le 7 mai, nous serons nombreux à voter Macron. Mais soyons lucides aussi : nous ne le ferons pas tous avec les mêmes arrière-pensées. A Gauche comme à Droite, il y aura des hommes et des femmes qui voteront surtout « contre » Madame Le Pen, sans la moindre adhésion à MACRON. Ceux-là, dès le cycle électoral achevé, s'engageront dans l'opposition. C'est leur droit et la loi de la démocratie.
Mais il y en aura d'autres qui, comme moi, voteront pour Macron et souhaiteront sa réussite. Et seront disponibles pour l'aider.
Non pas parce que c'est l'intérêt de Macron, celui-là n'est pas l'essentiel, mais parce que c'est l'intérêt de la France ! Parce qu'il faut que la France avance et réussisse !
Alors, bien sûr, nous le ferons, je le ferai avec mes convictions, celle d'un socialiste qui n'a pas changé depuis son engagement en 1973. Un socialiste réformiste, un social- démocrate assumé, un socialiste de gouvernement.
Et un socialiste qui voudra peser !
Un socialiste, en particulier, qui voudra peser pour que le progrès économique et le progrès social marchent de pair. C'est vrai que j'ai plus confiance en Macron pour le premier que pour le second. Eh bien, pour le second, il faudra l'aider !! Et il faudra qu'il nous écoute.
Au fond, c'est le débat essentiel qui est là : le débat sur la République, son histoire et ses valeurs.
Cette République à laquelle Madame Le Pen tourne le dos, cette République qu'Emmanuel MACRON doit incarner.
Liberté – égalité – fraternité. Avec la liberté, la République assure le libéralisme au sens politique – et donc économique – du terme. Mais elle le conjugue harmonieusement avec l'égalité c'est à dire la lutte acharnée contre les injustices et, peut-être surtout, la fraternité, condition essentielle de notre capacité à vivre tous ensemble dans la République et à y construire notre avenir commun.
Voilà l'enjeu de ce 2ème tour puis des élections législatives. Voilà ce que j'attends de Macron. Avec espoir et avec vigilance. Avec exigence.
C'est l'essentiel.
Après, il restera à la Gauche de se refonder, de se reconstruire et de se mettre au travail, courageusement.
Le score pitoyable de Benoît n'est pas que de sa responsabilité, même si sa responsabilité est première. Mais il sanctionne aussi un quinquennat que les socialistes n'ont pas su assumer dans la clarté et la cohérence et le président – sortant n'est pas indemne de cette responsabilité.
Et il sanctionne un Parti qui n'est plus un Parti, qui n'est plus une intelligence collective, un émetteur d'idées et de propositions, pas plus qu'il n'est porteur d'une stratégie politique ni d'une discipline librement consentie ou d'une solidarité.
Bref, un champ de ruines.
Chic ! Voilà du travail pour ceux que seul l'avenir intéresse.

lundi 24 avril 2017

"l'identité de la France" de Fernand Braudel

Lu le tome 1 de "l'identité de la France" de Fernand Braudel, paru dans la collection "Champs" chez Flammarion, tome 1 consacré à "l'espace et l'histoire". Je vais, bien sûr, me plonger dans les autres tomes pour bien savourer la cohérence et la profondeur de ce travail magnifique, sur lequel j'avais travaillé lorsque j'étais étudiant et vers lequel je m'étais promis de revenir. J'y suis et je m'y retrouve avec délectation. Et c'est toujours ce balancier subtile et fécond entre diversité et unité de la France qui m'intrigue et me fascine, balancier que Braudel aborde avec tant de méthode scrupuleuse, faisant appel à toutes les sciences humaines pour étayer son raisonnement : la France est diverse et une, une et diverse. Tout est dans le "et". L'histoire comme on l'aime.

jeudi 20 avril 2017

" Marlène" de Philippe Djian


Lu " Marlène" de Philippe Djian , paru chez Gallimard . Le dernier roman du romancier français installé au pays basque. Deux anciens commandos du Yémen, d'Irak et Afghanistan essayent de se reconstruire dans une petite ville de province dont on ne connaîtra jamais le nom mais ça n'a aucune importance. L'un est aussi rigoureux, propre et autodiscipliné que l'autre est chien perdu sans collier, borderline et menant une vie dissolue . Le premier veille sur l'autre, son frère d'arme mais c'est parfois compliqué. Et, bien entendu, les femmes, deux sœurs en l'occurrence, vont compliquer les choses..
C'est du pur Djian , au style si particulier, sans guillemets ni ponctuation, passant du coq à l'âne sans vergogne, mais si vivant. Et le problème de la reconstruction psychologique des soldats de retour des théâtres d'opération est subtilement abordée . À lire.

mardi 18 avril 2017

Mes dernières lectures

Lu "Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n'en as qu'une" de Raphaëlle Giordano, paru chez Eyrolles. Un livre qui aurait dépassé les 500.000 exemplaires, ce qui m'avait intrigué. Un jeune femme de 38 ans, mariée, un enfant, un boulot intéressant, semble tout avoir pour être heureuse. Mais elle ne l'est pas. Elle a l'impression de ne plus être joyeuse et épanouie, d'être victime d'une routine dévastatrice. Et les hasards de la vie vont lui faire rencontrer un "routinologue" qui va lui apprendre à réenchanter sa vie par plein de petits trucs simples et concrets.
Le livre est intéressant, amusant même. Très positif, constructif. Mais il semble être un objet commercial pour coach spécialisé dans ce genre de problème ...

Lu aussi "De sang et de lumière" de Laurent Gaudé paru chez Actes Sud. Un recueil de 8 poèmes d'un des meilleurs écrivains français contemporains, prix Goncourt 2004 pour le remarquable "le soleil des Scorta". Ces textes sont tristes, noirs, poignants. Ils parlent d'exil, d'exode, de camps de réfugiés. Mais ils sont pleins d'une humanité bouleversante. Et il commence par un hymne à la poésie très convaincant. Manifestement, Laurent Gaudé n'est pas qu'un grand écrivain, c'est aussi une belle personne.

Exposition Pissarro

De bref passage à Paris, j'en profite pour aller voir l'expo Pissarro au musée Marmottan. L'ami de Monet, son voisin à Giverny, au cœur de l'histoire des Impressionnistes, est très représentatif des influences diverses qui ont marquées les époques de sa vie. Ses longs séjours à Rouen ou au Havre, en particulier, ont donné des œuvres très puissantes et éternelles. J'en profite pour aller faire un tour à l'expo permanente du musée et à sa salle consacrée à Monet pour revoir « Impression soleil levant » (et non pas « couchant » comme disent certains ignares que je ne citerai pas...), ce tableau qui donna son nom à l'impressionnisme et qui fut peint à Londres par le grand maître. Un tableau qui a marqué ma vie d'amateur d'art.

lundi 3 avril 2017

Disparition d'Ahmed Kathrada

Disparition, en Afrique du Sud, d'Ahmed Kathrada, dirigeant historique de l'ANC, et compagnon de captivité de Nelson Mandela. J'ai eu le privilège de connaître ce grand Monsieur : en 1994, après les premières élections libres auxquelles j'avais eu le bonheur de participer comme observateur de l'ONU et de l'Union Européenne , Francois Mitterrand m'avait invité à l'accompagner pour la première visite officielle d'un chef d'Etat au nouveau Président de l'Afrique du sud, Nelson Mandela. Et , à cette occasion, Danielle Mitterrand m' avait demandé de l'accompagner à Robbin Island pour visiter le pénitencier où Mandela et ses compagnons avaient passé 27 longues années. Et Kathrada nous avait servi de guide, nous accompagnant dans la cellule de Mandela, la sienne, la carrière où ils cassaient des cailloux...J'ai le souvenir d'un vieux sage avec un charisme très différent de celui de Mandela, plus secret , moins chaleureux , mais avec une profondeur de pensée impressionnante.
Je crois savoir , au moment où le Président Zuma  vient de procéder à un remaniement gouvernemental d'ampleur qui ressemble fort à une " prise de tous les pouvoirs" , qu' Ahmed Kathrada avait, ces derniers mois, manifesté une très grande sévérité à l'égard du Président sud-africain , sévérité qui pourrait bien révéler une fracture irrémédiable au sein de l'ANC....il faut obsever cette situation avec une grande attention. En attendant : Hommage et grand respect pour Ahmed Kathrada.

jeudi 30 mars 2017

" Lettre aux escrocs de l'islamophobie qui font le jeu des racistes" Charb


" Lettre aux escrocs de l'islamophobie qui font le jeu des racistes" est un texte de Charb, un des grands anciens de Charlie-Hebdo sauvagement assassiné dans l'attentat, mais c'est aussi un spectacle autour de la lecture de ce texte. Ce spectacle  devait être donné à Arras le deux mai prochain et il a été déprogrammé à la demande de la Ligue des droits de l'Homme et du Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples.  Avec toujours ""cette vieille rengaine selon laquelle critiquer l'islam  en dénonçant  l'islamisme serait une forme de racisme . Oui , vous m'avez bien lu !

Quand les organisations antiracistes ou pour La Défense des droits de l'homme se font censeurs ...décidément, cette époque fait perdre bien des repères !!

Je crains d'être contraint de déchirer ma carte de la LDH...

" Arrête avec tes mensonges" de Philippe Besson


Lu " Arrête avec tes mensonges" de Philippe Besson , paru chez Juillard . Je n'avais encore jamais lu de roman de Philippe Besson- il en a pourtant déjà écrit pas loin d'une vingtaine !-, et des amis délicats , en m'offrant ce livre, m'ont permis de corriger cette erreur ou cet oubli. Philippe Besson est un romancier contemporain, homosexuel assumé, un homme libre de son temps. Dans ce roman autobiographique, il raconte son premier amour avec Thomas A. , à l'âge de 17 ans . On est dans les années 80, dans la petite ville de Barbezieux en Charentes, époque et lieu où l'homosexualité n'est sûrement pas facile à assumer. Les deux adolescents se cachent mais vivent une liaison courte et passionnelle détruite par la séparation des études supérieures à Bordeaux pour Philippe, quand Thomas, fils de paysan, reste à la ferme. Tout cela ne serait resté qu'un beau souvenir si le fils de Thomas, vingt ans plus tard, n'avait resurgi, par hasard, dans la vie de Philippe. La suite, vous la lirez dans ce beau livre émouvant , d'une grande tendresse et d'une belle humanité,  qu'on lit avec facilité.

J-25... Le premier tour de l'élection présidentielle approche à grands pas.


Les médias m'assaillent pour me demander ce que je pense de la décision de Manuel VALLS, annoncée ce matin, de soutenir Emmanuel MACRON, comme l'avait déjà fait Bertrand DELANOE il y a quelques jours.

Je n'ai pas répondu aux médias car je ne veux pas m'exprimer sous  la pression, dans l'instantanéité de l'émotion. Mais je veux essayer d'être clair, car un responsable politique, qui plus est élu du peuple et candidat aux législatives de juin prochain, se doit à la sincérité vis-à -vis de ses concitoyens.

Je suis un homme de Gauche depuis toujours, adhérent du Parti Socialiste depuis 44 ans. Ma Gauche à moi, elle n'est ni gauchiste ni social-libérale. C'est la  Gauche qui met les mains dans le cambouis et assume ses responsabilités pour faire avancer la société dans le sens de la justice et des libertés. C'est une Gauche de gouvernement, une Gauche réformiste, une Gauche social-démocrate, une Gauche progressiste. C'est la Gauche de Mitterrand et de JOSPIN qui ont été mes mentors en politique.

Eh bien, cet homme de la Gauche socialiste, militant depuis 44 ans, élu depuis 28 ans, parlementaire depuis 24 ans, est comme un grand nombre de Français, indécis.

À 25 jours du premier tour, je ne sais pas pour qui je vais voter.

Restons dans la sincérité : dans l'offre politique de cette élection, les deux candidats dont je me sens le plus proche sont Benoit HAMON  et Emmanuel MACRON . Ma Gauche à moi se situe entre les deux...je trouve le programme de BENOIT trop à Gauche économiquement et societalement, et celui de MACRON pas assez à Gauche socialement. C'est comme ça que s'exprime le fond de ma pensée et de mes analyses.

Et cette indécision se traduit par une hésitation entre deux votes : le vote de fidélité à mon maillot, comme on dit au rugby, à mon parti, à mes couleurs, c'est le vote HAMON. C'est celui vers lequel je me suis engagé en donnant mon parrainage à BENOIT et en faisant une conférence de presse pour lui donner mon soutien public,  d'abord parce que j'aime beaucoup l'homme, ensuite parce que c'était la règle que nous nous étions fixée lors des primaires. Et cela malgré mes réserves très fortes sur son programme.

Et le vote utile, celui qui pourrait me faire changer d'avis et accorder mon suffrage à MACRON. Car je veux continuer à être clair et sincère : je n'ai pas oublié le 21 avril 2002 et je ferai tout pour éviter que cette tragédie se renouvelle dans notre démocratie. J'ai la hantise d'un second tour Fillon-Le Pen, y compris parce que je pense que dans l'état actuel de l'opinion, ce second tour serait de tous les dangers pour la République. Je garde en tête, précisément, tout ce qui a été dit en 2002 avant le premier tour à propos du vote utile sur le thème " il n'y a aucun risque".

Eh bien je ne prendrai aucun risque, j'en préviens toujours en sincérité.

Aujourd'hui, rien ne semble accréditer ce risque, mais tout peut changer d'ici au premier tour, et donc, mon vote aussi.

Voilà pourquoi, je suis très sévère à l'égard de ceux qui rivalisent de violence verbale pour condamner les prises de position hier de Bertrand, aujourd'hui de Manuel. Qui sont-ils, ces excommunicateurs, ces gardiens d'un temple dont ils ne voient même pas qu'il est en ruines ? Pourquoi mettent-ils tant de passion à insulter l'avenir ?

lundi 27 mars 2017

Lu "Bilqiss" de Saphia Azzeddine dans la collection "J'ai lu".


Dans un pays indistinct -on a l'embarras du choix, hélas- où la charria est appliquée avec une rigueur brutale, une femme, Bilqiss,  est emprisonnée pour avoir lancé l'appel à la prière à la place du muezzin défaillant. La jeune femme, il est vrai, est une femme libre et provocatrice, qui ne rechigne pas à la tentation de dénoncer les incohérences et excès du totalitarisme islamiste. Le tribunal populaire du village exige sa mort par lapidation. Mais le juge fait durer le procès d'une façon inexplicable. Jusqu'à avouer son amour pour la prisonnière.

Mais celle-ci refuse de céder à un chantage affectif qui, pourtant, lui sauverait la vie.

C'est très facile à lire bien qu'un peu répétitif, et la fin est inattendue pour un roman si engagé et poignant.

21 rue de La Boétie


J'ai profité d'un séjour à Paris afin de défendre le dossier de l'hôpital de Lannemezan auprès de la Ministre de la Santé, pour faire un saut au musée Maillol et voir l'exposition « 21 rue de La Boétie » en hommage à Paul Rosenberg , qui fut l'un des plus grands marchands d'art de l'entre-deux-guerres, expo réalisée à partir du livre éponyme dont l'auteur est Anne Sinclair, petite-fille de l'intéressé.

Cette expo permet de voir de beaux Picasso, Matisse, Braque, Léger et Marie Laurencin, dont un portrait émouvant d'une petite fille de 4 ans aux yeux bleus, très bleus, Anne Sinclair  justement.

Mais l'intérêt de l'expo vient, plus encore, d'ailleurs : le 21 rue de La Boétie, en 1940, l'adresse de la galerie de Paul Rosenberg et les allemands y ont installé un centre d'études sur les juifs de la plus abjecte inspiration. Et Paul Rosenberg, comme beaucoup de juifs, a été spolié de ses biens, de nombreuses et magnifiques œuvres d'art. L'expo décortique les mécanismes de cette spoliation avec précision et émotion. 

samedi 25 mars 2017

Faut-il interdire les signes religieux dans les entreprises ?


(article rédigé à partir du sujet de l’émission de RFi du 20 mars).



Quand des questions relatives à l’expression de convictions religieuses sont posées dans les entreprises, a fortiori si elles le sont sous le coup d’une offensive du radicalisme…, il ne faut pas dramatiser en disant qu'il y a des problèmes qui se posent partout avec une violence inouïe. Mais il y a des problèmes qui se posent et il ne faut pas se masquer les yeux, il faut les regarder tranquillement, sereinement et lucidement. Je vais prendre deux exemples que j'ai vécu comme législateur, deux exemples très différents mais qui posent la même question. Un exemple d'une crèche dont vous avez entendu parler qui s'appelle Baby loup, dans les Yvelines, tenue par une jeune femme originaire d'Amérique du Sud, très courageuse, qui avait monté une crèche, cette crèche Baby Loup faite pour les personnes de quartiers populaires des Yvelines, une crèche qui travaillait 24h/24h c'est à dire au fond très adaptée à des boulots de femmes de ménage, très tôt le matin, ou très tard le soir, une crèche qui travaillait en 3-8 et qui rendait des services considérables. Un incident survient : une de ses salariées qui était partie en congés revient voilée de la tête aux pieds –ce qu’elle n’avait jamais fait avant !- dans une sorte de provocation. La directrice de la crèche lui dit: "non c'est pas possible, ici c'est un espace laïque, on reçoit des gens de toutes les confessions, on reçoit des gosses en très bas âge, c'est une sorte de service public, même si ça n'est pas un service public au sens juridique du terme...". Et l'affaire part en conflit devant la justice, où elle a trainé pendant des années, pendant 4, 5,6 ans jusqu'à ce que la cour de cassation, in fine, tranche en faveur d'ailleurs de la directrice de la crèche en allant dans son sens en disant: on peut interdire.

Mais cela avait duré beaucoup trop de temps parce que justement la loi n'était pas claire et que des tribunaux avaient jugé de manière différente le sujet.

Deuxième exemple, une entreprise très connue de collecte et de traitement des déchets qui s'appelle PAPREC, avec des milliers de salariés, des dizaines de nationalités parmi les salariés et qui décide de négocier, dans le règlement intérieur de l'entreprise, avec les syndicats des salariés une Charte de la Laïcité. Et cette Charte est adoptée par un referendum dans l'entreprise à l'unanimité : tous les syndicats la votent, et ça se passe très bien.



Oui mais cette Charte, de fait est fragile juridiquement, au sens où l'entreprise PAPREC est un lieu privé où les règles de laïcité ne s’appliquent pas. C'est pour cela qu'avec d'autres parlementaires, notamment Françoise Laborde sénatrice de Haute-Garonne avec qui je travaille beaucoup sur ces problèmes de laïcité, nous avons voulu, dans une loi que vous connaissez bien puisqu'elle a défrayé la chronique pendant des mois et qu'elle continue, la loi El Khomri du 8 août 2016, nous  avons voulu proposer une disposition qui mette fin à ces atermoiements d'un côté ou à ces illégalités de l'autre. Il ne s'agit pas d'interdire, mais il s'agit de ne pas s'interdire d'interdire.





Parlons donc de cette notion d’ « interdit ».



Il faut savoir que quand on parle des valeurs de la République et la Laïcité en est une fondamentale, il y a toujours eu deux écoles extrêmes : ceux qui maniaient l'interdit matin, midi et soir si vous voyez ce que je veux dire, surtout quand ils regardent une religion, une seule: interdire, interdire, interdire le voile le matin, le midi et le soir. La passion de l'interdiction.

Puis il y en a d'autres qui ont, au contraire la passion de la Liberté: tout autoriser, y compris ce que l'on a connu dans l'idéologie de 68, il est interdit d'interdire.

Et bien la République c'est un subtil équilibre entre les deux ! Il ne s'agit pas d'interdire tout, il ne s'agit pas de permettre tout, il s'agit de permettre et parfois d'interdire. Et la République doit se donner les moyens d'interdire. Et c'est ce que nous avons fait dans cet article de la loi El Khomri. On a dit que le règlement intérieur peut, non pas doit, mais peut contenir des dispositions portant restriction de liberté religieuse, et il dit les conditions dans lesquelles on pouvait le faire:

1. Si ces restrictions sont justifiées par l'exercice d'autres libertés, c'est toujours: ma liberté finit la où commence celle des autres, donc un conflit entre des libertés.

2. si c'est lié au bon fonctionnement de l'entreprise et à condition que ça soit proportionné au but recherché.

Voilà l'équilibre qu'on a trouvé. Donc il s'agit de dire : oui c'est possible, ça veut pas dire qu'il faut le faire tout le temps, ça ne veut pas dire qu'il ne faut jamais le faire, ça veut dire qu'il faut le faire avec raison et rationalité.

Et je crois que, ce faisant, nous avons fait progresser la Laïcité dans le droit français alors que certains nous assenaient que légiférer en la matière était … interdit !

vendredi 24 mars 2017





Hier soir , je suis allé à Laurède, petit village de Chalosse, au domicile d'Henri EMMANUELLI, lui dire un dernier au revoir et embrasser sa femme et ses enfants avec lesquels tant de souvenirs anciens ont resurgi ... j'ai été très ému, notamment , de constater que sur la page Facebook de son fils Antoine, la photo d'Henri qu'il a choisie pour illustrer un portrait bourré  de tendresse de son père se situe sur un voilier et  date d'une croisière en Grèce où j'avais entraîné nos familles dans les années 80. Souvenirs, souvenirs...



Mais surtout, me recueillant devant le visage apaisé d'Henri, je pensais à cette fâcheuse tendance de la vie politique qui ne retient que la face "publique" des hommes sans imaginer, jamais, leur face privée :  cet homme-là n'était pas seulement un homme sévère et dur, ferme et intransigeant sur ses convictions, il n'avait pas seulement une personnalité écrasante et une autorité naturelle impressionnante, il était aussi un père et un grand-père  au cœur tendre,  pétri d'humour, capable de déconnade, passionné de culture et de lecture, fana d'informatique et de digital depuis des années , visionnaire quand , par exemple, il a décidé de construire un "village-Alzheimer" dans les Landes.



Cet homme-là était un ours du Béarn côté pile, un grand tendre côté face.

Mais qui le savait ?

mardi 21 mars 2017

Disparition d'Henri EMMANUELLI

Grande tristesse. Je l'avais connu dans les années 70 de la conquête du pouvoir par la Gauche. Il était un fidèle de MITTERRAND dont j'étais le collaborateur. Longtemps, nous avons eu l'habitude de nous retrouver tous les trois dans les Landes l'été pour des déjeuners chaleureux chez les uns ou les autres. Une personnalité écrasante, une autorité naturelle indéniable, la voix grave d'un orateur hors pair, Henri était un homme de conviction, un gestionnaire rigoureux et moderne du département des Landes, doté d'une belle culture personnelle. Fils d'un ouvrier communiste mort électrocuté sur un poteau électrique quand il avait 11 ans, il était fidèle à ses racines. Sévère, exigeant, il l'était même avec ses amis les plus proches .
Je veux dire à Nita, sa femme, Laetitia et Antoine ses enfants, mes pensées très attristées et affectueuses.

vendredi 17 mars 2017

La Grande Librairie

Les soirées où l'on se retrouve chez soi et où l'on a le temps et l'envie de regarder la télévision sont si rares dans ce monde de brutes ! Et quand , de surcroît c'est d'un jeudi qu'il s'agit et que l'on peut profiter de " La grande librairie" , on se prend à imaginer d'émarger aux rangs des privilégiés. Hier soir, Francois  Busnel avait invité pour un débat sur la littérature deux romanciers français contemporains et pas des moindres : Laurent Gaudé et Philippe Djian. Un pur régal. Les deux hommes sont si différents ! Gaudé , romantique qui raconte des histoires où les beaux sentiments deviennent des valeurs - même s'il récuse le terme-, Djian , romancier de la violence pour qui les histoires ont tellement peu d'importance qu'il n'en connaît pas la fin quand il en commence une. Mais les deux hommes , en débattant , ont révélé plus d'un point commun ! Écrivains de leur temps, écrivains dans leur monde. L'un , Gaudé, pour qui la littérature sert à ralentir le monde et l'autre, Djian, pour faire un pas de côté. J'ajouterai " et pour lever la tête pour observer le monde et la société , et réfléchir . Avec l'idée que la littérature sert à mieux vivre . Bref , un débat superbe et enrichissant.
Et , mauvais esprit politique, je me prends à rêver que la culture prenne plus de place - ça ne serait pas très dur ! - dans la campagne présidentielle ....

mercredi 15 mars 2017

Transparence, transparence...




Je ne me suis jamais acheté un costume à plus de 800 euros et n'ai jamais compté parmi mes amis les plus proches de généreux donateurs pour m'habiller chez un grand couturier parisien. Entre très bons amis, on se paye un repas ou une bonne bouteille, une place de rugby ou un bon bouquin.  Dans ma circonscription, je reçois souvent des cadeaux de mes électeurs : on vient m'y déposer délicatement un cageot de cèpes cueillis le matin , un foie gras fait maison, une bonne bouteille ou une boîte de chocolat. Il faut connaître l'importance culturelle de la bouffe dans le sud-ouest pour comprendre... je n'ai pas souvenir qu'un seul de ces cadeaux ait pu dépasser la valeur de 100 euros.
Au-delà des obligations légales ( déclarations de revenus comme tous les citoyens , de patrimoine ou d'intérêts imposés aux élus) , je publie depuis des années dans mon compte-rendu de mandat annuel la liste de mes collaboratrices et sur mon site l'affectation de ma réserve parlementaire.
Je ne suis surtout pas donneur de leçon de morale et je suis prêt à faire plus si on me le demande. Si l'on veut fiscaliser mon indemnité représentative de frais de mandat, cela ne me gênera aucunement : dans une circonscription de presque trois cent communes - dont beaucoup de montagne !- que je sillonne en voiture à longueur d'années et avec une vraie permanence parlementaire où travaillent trois collaboratrices, justifier de mes frais ne serait vraiment pas un problème . Simplement je mets en garde : qui contrôlerait ça ? Le fisc comme tout le monde me repondra-t-on.. donc le pouvoir exécutif.  Vous voyez le fisc me dire : qui avez-vous invité à ce restaurant ? Un maire, des maires? Lesquels ? Et pourquoi ? Et c'en sera fini de la séparation des pouvoirs. Pas si simple. Sans parler de la course à la note de frais qui agrémentera la vie du député sur le terrain ...
Mais il y a plus grave et c'est ce qu'exprimait avec une grande pertinence ce week-end dans la Dépêche du midi le philosophe Raphael ENTHOVEN : " ... nous vivons sous l'illusion qu'un surcroît de transparence est de nature à révéler ce qu'on nous cache et, par là-même , à dissiper le soupçon. Or les Français ne sont pas moins suspicieux depuis qu'ils connaissent le patrimoine de leurs Ministres ( ou, j'ajouterais, de leurs parlementaires..). Ce qu'on leur montre donne avant tout le sentiment qu'on leur cache le reste. La transparence échoue , immanquablement, à renouer le lien de confiance ente le peuple et les "élites "( ainsi désignées par le peuple lui-même) . Car la transparence n'est pas un remède, mais une idole qui a soif de soupçon et qui ne sera jamais satisfaite. (....) Jusqu'où faut-il se méfier ? C'est, à mon sens, la grande question démocratique " .
Bien vu, bien senti. Mais pas assez démagogique pour convaincre, sans doute.

mardi 14 mars 2017

La Cour de Justice de l'Union Européenne a donc décrété que les entreprises avaient le droit d'interdire le port de signes religieux à leurs salariés.


C'est une bonne nouvelle pour la laïcité. J'avais d'ailleurs exploré cette voie avec ma collègue sénatrice Francoise LABORDE, dans les débats sur la fameuse loi El KHOMRY en proposant un amendement - finalement adopté avec l'aval du gouvernement - insérant cette disposition dans le droit français. Je souhaitais que celui-ci tire les leçons d'exemples concrets, celui de la crèche Baby Lou, bien sûr , qui avait attendu des années avant d'être confortée par l'arrêt de la Cour de cassation, ou celui de l'entreprise Paprec qui avait négocié en interne une charte de la laïcité qui avait jusqu'alors toute chance d'être illégale. Je n'aurai pas l'outrecuidance de rappeler ici les réactions de ceux qui voulaient nous empêcher de légiférer, qui dénonçaient cette intolérable atteinte à la liberté d’expression, de tous les comités qui inventent des phobies pour mieux attenter aux valeurs de la République...

La Cour Européenne nous donne raison et c'est une bonne nouvelle pour la République laïque. Après tout, il n'y a pas tant de bonnes nouvelles qui nous arrivent de l'Europe par les temps qui courent ...

J'ajoute un deuxième message : on parle beaucoup d'abrogation de la loi El KHOMRY dans la campagne présidentielle. Que ceux qui ont ce projet radical aient au moins la sagesse de préserver dans celle-ci les mesures qui, comme celle-ci, représentent de vrais progrès. Il y en a d'autres...

lundi 13 mars 2017


Cette campagne électorale de l'élection présidentielle, à 42 jours du premier tour, n'en finit pas de décevoir.

J'ai été très marqué, autant le dire, par les réactions des porte-parole de l'équipe de BENOIT HAMON après l'annonce de la décision de Bertrand DELANOE d'apporter son soutien à Emmanuel MACRON.

Qu'ils aient été déçus, je le conçois fort bien. Mais ça ne justifie en rien les déclarations incroyablement agressives et, pour tout dire, médiocres, des attaques personnelles d'Aurélie Filippetti ou Jean-Marc Germain à l'égard de l'ancien maire de Paris. C'était d'autant plus idiot et contre-productif que celui-ci s'était placé délibérément sur le terrain du débat d'idées et de la pédagogie. Leur donnant, au passage une drôle de leçon en matière de comportement politique.

BENOIT n'est pas gâté avec des porte-paroles comme cela... il mérite mieux.

Changement de temps et dimanche pluvieux sur le sud-ouest. Profitons-en pour voir un joli spectacle chorégraphique du ballet du Capitole à la Halle aux Grains de Toulouse, spectacle concocté par l'ami KADER BELARBI autour de William Forsythe et de ses élèves, David Dawson et Jacopo Godani.  Le premier ballet, " A million kisses to my skin" de Dawson sur le concerto pour clavier en ré  mineur de Bach est gai, enlevé, harmonieux. Il évoque ce sentiment de bonheur complet que peut éprouver le danseur dans son travail avec une réelle allégresse.

Le deuxième ballet est de Forsythe, justement : " The vertiginous thrill of exactitude " sur une musique de Schubert. C'est un ballet technique, très technique. Et, du coup, il sera un ton en-dessous du reste du spectacle. Ce qui me fera dire que KADER BELARBI, dans la subtilité de la conception du spectacle, a voulu démontrer que les disciples avaient dépassé le maître.

Mais KADER, lors du verre d'après-match, m'expliquera que l'explication était beaucoup plus prosaïque que cela : la maison Forsythe est tellement exigeante que le choix n'est pas si libre...

Vient enfin le troisième ballet : A.U.R.A. ce qui signifie Anarchist Unit Related to Art de Jacopo Godani sur une musique de Ulrich Müller et Siegfried Rössert. Parlons de cette musique moderne et rugueuse. Une de ces musiques qui nous feraient zapper une station de radio pour une autre sans hésitation. Seulement voilà : Godani, italien de La Spezia, est passé par là et a créé une chorégraphie tellement en phase avec cette musique qu'elle tire celle-ci vers le haut. En rythme comme en harmonie, c'est un ballet qu'on qualifiera de "physique". Et la même conversation avec KADER et ses amis maîtres de ballet m'apprendra que Gadoni travaille comme cela justement, créant les pas d'abord, à charge pour les musiciens de caler leur musique sur ce premier travail. Et ça donne un très beau résultat.

KADER BELARBI et le ballet du Capitole à Toulouse, sont désormais une valeur sûre.

dimanche 12 mars 2017


Il faisait, ces jours derniers, un temps incroyablement printanier et même estival sur notre Bigorre. Jusqu'à 26 degrés dans mon jardin. Tout fout le camp ... Hier je suis allé marcher le long de l'Adour qui, d'ailleurs, avait bien grossi : forcément, avec ce soleil et ces températures, la fonte des neiges est entamée ! Il faisait si bon, deux canards dont un colvert jouaient avec le courant,  et je me suis arrêté  pour observer un long moment leurs mouvements élégants. La nature nous purge des misères du monde.

mercredi 8 mars 2017

Lu " Le cas Malaussène" de Daniel Pennac, paru chez Gallimard.


Je suis très embarrassé au moment de porter un jugement sur ce livre, car j'apprécie son auteur, sympathique et chaleureux, gai et entraînant et que j'avais  plutôt accroché à ses livres il y a quoi, une vingtaine  d'années, alors que ma première tentation devant celui-ci tend vers une forme de sévérité.

Certes le livre est toujours gai et déjanté, bien écrit et vivant. Son intrigue, construite autour d'un enlèvement "caritatif" d'un homme d'affaires dont la rançon exigée par les ravisseurs s'élève au montant de la retraite chapeau qu'il s'est fait voter par son conseil d'administration, avant d'être redistribuée aux pauvres du pays, a un côté "Zorro des temps modernes" plutôt amusant. Mais...mais il est tellement décousu !  Franchement, on a un mal fou à rentrer dedans tant il se disperse. Au fond , j'ai l'impression que Pennac a un petit peu cédé à une sorte de pêché de vanité, s'imaginant que tout le monde - le lecteur d'aujourd'hui en tout cas - se souvient du Malaussène d'il  y a 20 ans ( et plus !) , de sa famille et de ses membres si nombreux et si divers, de leurs surnoms si cocasses qu'ils ont tous une explication très ancienne, de leurs parcours si originaux , et que l'on pourrait reprendre ce fil comme si on l'avait quitté hier soir. Eh bien, non, on ne se souvient pas de tout, loin de là ! Et on est un peu paumés. Beaucoup même. Monsieur Malaussène a mal vieilli.

lundi 6 mars 2017

Vu "Elle" ,


le film du cinéaste néerlandais Paul Verhoeven, avec Anne Consigny, Charles Berlingot, Laurent Laffitte, Virginie Efira et, surtout , l'incroyable Isabelle Huppert dont on comprend, en voyant le film, pourquoi elle a reçu tant de récompenses et de prix  pour ce rôle.

 "Elle" est un thriller même si le suspens n'est ni insupportable, ni le cœur du film. Un thriller organisé à  partir d'une histoire de viol, celui de Michèle (Isabelle Huppert) une chef d'entreprise de jeux vidéo, un viol  autour duquel s'expriment une série de fantasmes sexuels, de sentiments pervers violents et mêmes criminels, aussi bien que de passions et de pulsions, de dénis et de provocations : Michèle part à la recherche de son violeur, le provoque au péril de sa vie, le retrouve et va alors s'installer entre eux une relation invraisemblable dont on ne dira pas comment elle se termine. Tragiquement.

Ce qui touche dans ce film, c'est que l'approche des pratiques sexuelles est à la fois très égalitaire entre les hommes et les femmes, et pas du tout enfermée dans les stéréotypes. Quitte à flirter avec le malsain. 

C'est un très beau film, lourd et si bien joué.



Il y a quelques années, lorsque Sarkozy pratiquait l'ouverture politique avec le succès que l'on sait, j'avais beaucoup apprécié le mot d'un dirigeant de la Droite qui avait émis l'espoir que " cette ouverture puisse concerner jusqu'aux ....sarkozystes "!

Aujourd'hui, appréciant à juste titre les efforts de BENOIT HAMON de rassembler la Gauche, j'émets le vœu parallèle : qu'il n'oublie pas de  commencer par rassembler les socialistes ! Qu'il parle à Mélenchon ou Jadot, soit. Mais qu'il n'oublie pas de parler à celles et ceux qui ont participé à la primaire, même s'ils n'ont pas voté pour lui....

BENOIT fait souvent allusion aux propos de MITTERRAND sur le " talisman" de l'Union. Mais qu'il n'oublie pas la méthode de MITTERRAND : " d'abord rassembler les socialistes, puis rassembler la gauche pour rassembler la France ".

dimanche 5 mars 2017

Je regarde Fillon au journal de France 2 en ce dimanche soir.


Ce qui me frappe, c'est le cran avec lequel il expose qu'il reconnaît ses fautes, qu'il qualifie, lui de " morales"  et, en même temps, que cela ne saurait avoir la moindre conséquence politique...

Mais ce qui me navre, surtout, c'est que depuis plusieurs semaines, on ne parle que de ça ! Et que la campagne électorale de la présidentielle n'est plus, lue, vue, retranscrite qu'à travers le prisme de " l'affaire" Fillon. Et qu'ainsi la France et les français sont, pour l’instant, privés du débat d'idées pourtant si essentiel à notre démocratie. Allez-vous étonner, avec ça, que près d'un français sur deux soit encore indécis !

mardi 28 février 2017

À l'occasion du salon de l'agriculture, dîner avec les éleveurs de porc noir de Bigorre

L'histoire du "Noir de Bigorre" est une success-story qui vaut la peine d'être racontée. Cette race de cochons, qui porte bien son nom (les bêtes sont noires !) et dont le cœur du bassin de production se situe dans les Hautes-Pyrénées, même s'il déborde sur le Gers et la Haute-Garonne, était en voie d'extinction il y a 35 ans. En 1981, restait une dizaine de producteurs, une trentaine de truies et trois mâles, quand la Chambre d'Agriculture de notre département, appuyée par les élus, a décidé de sauver la race.
En 2017, il y a un millier de truies, près de 12.000 cochons, 60 producteurs, une centaine d'emplois et un chiffre d'affaires consolidé de 14 millions d'euros. Quelle a été la clef de cette réussite ? L'alliance gagnante entre la qualité - ces cochons, élevés en plein air, avec une alimentation naturelle très rigoureuse, donnent des jambons qui gagnent tous les concours internationaux devant les grands noms espagnols - et l'organisation collective autour d'un groupement de producteurs et d'un consortium très dynamiques. Et la réussite économique est au rendez-vous, avec des revenus assurés pour les agriculteurs, ce qui tranche notoirement avec un discours misérabiliste sur l'avenir de l'agriculture française.
À quoi j'ajoute un élément supplémentaire : le Porc Noir de Bigorre est un produit tout à fait identitaire pour notre territoire, un élément de rayonnement et de fierté pour la Bigorre. Allez ! Tout n'est pas noir. Et quand le cochon est noir, l'avenir est rose ...

jeudi 23 février 2017

Lu " Danser au bord de l'abîme" de Grégoire Delacourt paru chez Lattes.


J'avais bien aimé " la liste de mes envies ", le premier roman de Delacourt, très facile à lire, léger et tendre, et j'avais envie d'y revenir tôt ou tard. " Danser au bord de l'abîme " est l'histoire d'une femme de la quarantaine, mariée et mère de trois enfants, genre classe moyenne du nord de la France,  qui voit ce qu'on a coutume d'appeler un " coup de foudre " et plaque tout du jour au lendemain. Sauf qu'à peine vécu, ce coup de foudre va connaître une évolution tragique. On retrouve une écriture très facile à lire, légère et  prenante d'entrée de jeu. Mais l’affaire, après 100 pages assez captivantes, tourne un peu, beaucoup en rond, au point qu'on se demande si ce délayage n'obéit pas, d'abord à quelque considération liée à la recherche du grand tirage...comme si l'auteur tombait dans la facilité.

Charlie-Hebdo prend, à l'approche de l'élection présidentielle, une heureuse initiative en matière de laïcité, le beau combat de l'hebdomadaire endeuillé. Il interpelle les candidats pour leur soumettre trois engagements :

- ne pas toucher à la loi de 1905 dite " de séparation des églises et de l'Etat"

- ne faire adopter aucune loi visant à introduire des " accommodements " à l'égard de quelque communauté religieuse que ce soit.

- ne jamais faire adopter, non plus, une législation introduisant un " délit de blasphème ".

Franchement, c'est ce que j'appellerai un " mini-programme laïque " qui n'est ni irresponsable, ni jusque-boutiste. J'y souscris sans réserve bien sûr et je serai très attentif à ce que répondront les candidats à Charlie.

lundi 20 février 2017

Présidentielle, J-63 : HAMON, par la force de la raison.

Je suis surpris des appels que je reçois sur le thème "Et toi, et vous, qui soutiens-tu, qui soutenez-vous ?", signe évident du délitement de la vie politique française, comme si les principes et la cohérence n'existaient plus. Alors, je m'explique : je suis membre du Parti Socialiste depuis 1973 et si vous comptez comme moi, cela fait donc 43 ans. Cette adhésion ne m'a nullement été dictée, encore moins imposée, elle est librement consentie. C'est, pardonnez-m'en, un engagement de conviction. Pour autant, je ne suis nullement enrégimenté : adepte sans réserve de la philosophie des Lumières, je garde ma raison indépendante, mon libre-arbitre et mon esprit critique. Et, pour être franc, par les temps qui courent, cet esprit critique a bien du travail ! Mais que voulez-vous, ce parti a tous les défauts du monde, il est même en état de mort clinique que, seuls, ses dirigeants ne veulent pas voir, mais c'est mon parti.
Or, appartenir à un parti ou à une organisation collective quelle qu'elle soit, c'est accepter ses règles de fonctionnement, c'est adopter une discipline collective librement consentie. Je le fais sans mal parce que c'est ma nature - ma pratique des sports collectifs, du rugby en particulier, ou de la voile en équipage m'ont donné, tout petit, la culture du "collectif" - et sans problème philosophique majeur dans la mesure où j'appartiens à un parti démocratique où le vote et le fait majoritaire sont nos règles de fonctionnement collectif de base. Et comme je suis aussi de nature humble, j'ai toujours pensé que l'intelligence collective était supérieure à ma petite intelligence personnelle. Et je l'ai fait pendant 43 ans sans défaillance, même quand cela m'en coûtait : faut-il rappeler 2007 ? Je n'ai jamais caché mes réserves, pour ne pas dire plus, sur la candidature de Ségolène Royal. Mais ça ne m'a pas empêché de sillonner la France pour faire 50 réunions ou plus pour défendre sa candidature ! Comme tous les dirigeants socialistes. Ça ne l'a pas empêché, elle, de proclamer que sa candidature avait été sabotée par les dirigeants socialistes, contre toute évidence. Mais les médias ont "gobé" sa thèse.
Et je l'ai fait - appliquer cette discipline collective librement consentie - sans aucune exception, quoiqu'il m'en coûte. J'en profite pour rappeler qu'en 1988, pour ma première candidature aux élections législatives dans les Hautes-Pyrénées, j'ai été battu par un "dissident" socialiste soutenu par une alliance contre nature de quelques socialistes, communistes et appareils de droite. Depuis, j'ai la dissidence en horreur...Et j'ai toujours refusé de soutenir les dissidents - en France ! - quoi qu'ait pu en dire la même Madame Royal, qui m'a accusé d'être "l'âme" du complot de La Rochelle - vous savez, chez ces gens-là, on ne perd pas, on est victime d'un complot … - contre toute réalité et contre toute évidence, et qui avait exigé - contre toute justice - que le pouvoir m'en sanctionnât. Et le pouvoir, si peu républicain, obtempéra...
Pourquoi vous dis-je tout cela ?
Pour vous dire que je n'ai pas l'âme frondeuse et que je suis profondément respectueux du fait majoritaire. Si j'osais un trait d'humour, je dirais que je ne serai pas le frondeur de HAMON...
Et, donc, mon parti s'étant fixé des règles démocratiques, et notamment ces fameuses primaires à l'égard desquelles j'ai plus d'une réserve - mais on en reparlera plus tard -, mon devoir est de respecter celles-ci et leurs résultats. C'est aussi simple que cela.
HAMON, donc, par le respect des règles que j'ai librement acceptées.
Alors, on me dira à juste titre que je n'ai pas caché, lors de la primaire, mes divergences politiques avec BENOIT pour qui, je le répète, j'ai beaucoup d'estime, de respect et d'amitié. Ces divergences sont réelles, et n'ont pas, hélas, disparu. C'est surtout sur la conception de la République qu'elles portent, sur le fait que celle-ci n'est pas faite que de droits mais aussi de devoirs, et qu'il n'est pas interdit d'interdire pour protéger les libertés. Elles portent aussi sur le réalisme économique : je ne peux pas accepter l'idée qu'il n'y a pas de dette en France et que celle-ci ne soit qu'une vue de l'esprit négociable avec les banquiers. Mais, bon. Soyons clairs : je ne vois aucun autre candidat qui réponde plus et mieux à mes convictions. Donc HAMON, aussi, par comparaison.
Reste un point : BENOIT veut rassembler la Gauche, et il a bien raison. Mais accepterait-il l'idée que rassembler la Gauche commence par rassembler les socialistes ? Il vient de déclarer qu'il ne ferait pas la course derrière Mélenchon. Il est temps ! Car, franchement, depuis 3 semaines, on avait vraiment ce sentiment ... tandis qu'on attend toujours qu'il fasse le moindre geste à l'égard des 42% des électeurs de la primaire qui n'ont pas voté pour lui. Je pense que c'est une faute politique, et même stratégique : pour rassembler la gauche, il faut d'abord rassembler les socialistes !
Alors, HAMON par raison, HAMON par comparaison...il reste à BENOIT de nous donner l'envie de voter pour lui par envie. Qu'il nous dise, par exemple, qu'il a besoin de nous ...

Mort de Xavier BEULIN, Président de la Fnsea

J'ai bien connu ce dirigeant du syndicalisme agricole qui était un homme sérieux, courtois et aimant le dialogue. Ferme mais respectueux. A la tête d'un puissant groupe économique dans le domaine des oléoprotéagineux, il symbolisait toute les réussites de l'agro-industrie, avec les fragilités qui les accompagnent. J'éprouve une vraie tristesse en pensant à nos nombreux échanges, toujours francs et constructifs, et tiens à dire à sa famille et à ses proches mes pensées solidaires et chaleureuses.

Mes dernières lectures

 1. Lu "L'odeur de la forêt" d'Hélène Gestern, paru aux éditions Arléa. J'avais beaucoup apprécié le livre précédent d'Hélène Gestern, "Eux sur la photo", un roman bourré de sensibilité et de tendresse paru en 2011, et j'attendais avec impatience le nouvel ouvrage de cette femme qui est aussi universitaire puisqu'elle est enseignante-chercheuse à l'université de Nancy. Historienne autant que littéraire, elle est une grande spécialiste des correspondances, des journaux intimes et ,en particulier, de l'histoire des photos et des cartes postales. C'est d'ailleurs à se demander si ce dernier ouvrage n'a pas une part autobiographique forte : son héroïne, Elizabeth, est une historienne de la photo qui mène une enquête complexe et douloureuse sur un aspect méconnu de la Première guerre mondiale - les exécutions disciplinaires abusives dans les tranchées pour mater toutes formes de résistance aux ordres - , sur la base d'une correspondance partielle, d'un journal intime qu'il faut décoder, de clichés clandestins. Le récit est complexe, riche, divers, mêlé à une vie personnelle douloureuse, et célèbre à sa façon ce devoir de mémoire trop souvent minoré. C'est très bien écrit, avec une grande richesse de vocabulaire, et c'est un travail précis, méticuleux, presque universitaire. Mais aussi très tendre et c'est ce qui fait sa force.

2. J'ai profité de ce week-end studieux pour relire "Qu'est-ce qu'une nation ?", la conférence donnée à La Sorbonne le 11 mars 1882 par Ernest Renan. Une trentaine de pages formidablement pédagogiques et, je le crois, toujours d'une remarquable actualité. On se souvient de la thématique de Renan : la nation n'est fondée ni sur les dynasties, ni sur la race, pas plus sur la langue, la religion ou la géographie, non, la nation est une âme. Un principe spirituel reposant sur deux piliers inséparables : l'histoire et ses combats douloureux et glorieux, et le présent d'une volonté collective de vivre ensemble. Je suis, plus que jamais, un adepte de la philosophie politique de Renan exposée dans ce texte.

mercredi 8 février 2017

8 février 2017


Lu " l'homme au défi des crises" de Didier Le Bret aux éditions Robert Laffont. DIDIER Le Bret est un diplomate qui fut notamment ambassadeur en Haïti lors du dernier et terrible tremblement de terre qui a meurtri ce pays. Il a ensuite dirigé la cellule de crise du Quai d'Orsay avant de devenir coordonnateur national du renseignement. Il livre ici un essai original et facile à lire sur la notion de crise, dans toute sa variété et sa diversité , politique, militaire, économique, écologique, sanitaire ... mais le sous-titre du livre, " pourquoi le pire n'est jamais certain" éclaire cet essai d'un optimisme raisonnable. DIDIER Le Bret, comme Michel Serres, insiste sur le fait que le monde n'a jamais été si apaisé, que le nombre de victimes de morts violentes ne cesse de décroître, de même que la pauvreté, et il esquisse quelques pistes de solutions d'avenir dont des réflexions utiles sur la société de l'éducation.

Lu aussi " Thea" de MAZARINE  PINGEOT aux éditions JUILLARD. J'ai vraiment beaucoup aimé ce livre, dernier roman de MAZARINE Pingeot, et pas seulement parce que j'ai un préjugé amicalement favorable à l'auteur. Non, j'ai été vraiment séduit par la fragilité psychologique et sentimentale de l'héroïne du livre, une jeune étudiante de La Sorbonne au début des années 80, écartelée entre ses parents , pieds noirs rapatriés d'Algerie aux tendances politiques de droite extrême et son amoureux, réfugié politique argentin, victime de la dictature de Videla dont on devine que les convictions sont aux antipodes de l'échiquier politique. Réfugié politique d'extrême gauche venu d'Amérique du Sud contre réfugiés politiques d'extrême droite venus d'Algérie. On peut trouver que ce parallèle est un peu facile, mais il fonctionne bien parce qu'il n'est pas lourdement souligné . La liaison de Thea avec cet argentin va , évidemment , l'éloigner de ses parents avec lesquels elle était déjà au bord de la rupture depuis longtemps. Mais la rupture inévitable avec ce réfugié qui ne rêve que de retourner dans son pays  lui permettra de découvrir ses parents. C'est bien écrit, c'est subtile et fin. C'est un beau livre.





Lu " Celle qui fuit et celle qui reste" , troisième tome de " l'ami prodigieuse" de Elena Ferrante, paru chez Gallimard,  traduit de l'italien par Elsa Damien . J'avais tellement aimé les deux premiers tomes ! Le charme envoûtant de cette écriture, cette merveilleuse histoire de femmes du Sud de l'Italie et des quartiers populaires de Naples, enfance puis adolescence, m'avaient tant séduit ! Je craignais un retour de manivelle, un essoufflement, une saturation , que sais-je ? Eh bien non, le troisième tome , celui des femmes mûres, des mariages et des maternités, est à l'image de deux premiers ! Avec , peut-être quelque chose en plus : l'approche de la féminité, des personnalités féminines, des psychologies féminines ...avec un zeste de féminisme fort bienvenu. Non , franchement, je vais vous dire : j'attends le quatrième tome avec impatience ..


Un dernier mot : le pseudo journaliste qui , ne respectant pas la volonté d'incognito de Elena Ferrante, et à coup d'inquisition fiscale, a cru dévoiler ce secret, n'est pas seulement un goujat. C'est un imbecile inculte qui ne comprend rien à la volonté d'une auteure qui a la prétention de croire que sa personne n'apporterait rien de plus à son œuvre. On peut le discuter, mais d'abord on doit le respecter.

jeudi 2 février 2017


Pourquoi ne me suis-je pas précipité pour commenter les résultats des primaires ?

Parce que tout le monde se précipite.

Et parce que je pense que la précipitation est mauvaise conseillère.



Et trois ou quatre jours après, j'ai encore besoin de réfléchir. Mais je sais que je respecterai toujours deux ou trois principes simples :



- d'abord, le premier des devoirs d'un démocrate, c'est de respecter le suffrage citoyen. Celui-ci a choisi BENOIT HAMON, respect et bonne chance à lui. J'ai déjà dit et écrit que j'avais beaucoup plus d'estime, de respect et d'amitié pour l'homme, qui est un homme bien, que pour son programme, et je ne tournerai pas ma veste, mais je reconnais qu'il a réussi un très beau parcours dans cette primaire, et en particulier qu'il s'est élevé d'un cran lors du débat de second tour.



- ensuite comprendre. Comprendre la débâcle du quinquennat de HOLLANDE spectaculairement symbolisée par ce vote : un " frondeur" couronné... après son renoncement à concourir, je serais curieux de savoir comment le Président analyse ce  résultat. Pas facile. Moi, je cherche à comprendre comment BENOIT HAMON peut être l'enfant de HOLLANDE... car il l'est, de fait.



-enfin, réfléchir aux conséquences de ce vote. Pas seulement pour l'élection présidentielle, on les devine et, de toutes façons, on saura vite, mais surtout pour l'avenir de la Gauche et du Parti Socialiste.


Pas  gaie l'histoire.... Il paraît que notre Parti, le mien depuis 43 ans, a toujours un premier secrétaire ! C'est une blague ?

lundi 23 janvier 2017


Les électeurs de la primaire ont voté et il faut respecter leur choix démocratique.

Réjouissons-nous d'abord de cet exercice démocratique même si son succès est limité.

À entendre les commentateurs et experts hier, en début de soirée, c'était un échec...et moi je trouve que dans la crise démocratique actuelle et dans l'état de délitement absolu de la Gauche, c'est plutôt un beau succès. Dans mon bureau de vote, j'ai été agréablement surpris de devoir faire la queue pour voter en ce froid dimanche matin.

Exit donc Montebourg qui finit 3eme comme il y a 5 ans, avec 17% comme il y a 5 ans, preuve d'une stagnation évidente de son discours pour ne pas être plus sévère. Exit Peillon dont je n'ai toujours pas compris pourquoi il était candidat, les électeurs non plus. Exit les autres petits candidats, respectables et loyaux, dont un certain Francois de Rugy que je connais bien, apprécie bien, et qui a fait un beau parcours.

Restent donc Valls et Hamon.

Manuel Valls, j'ai déjà dit pourquoi je le soutenais et je le redirai dans les heures et jours qui viennent : il me paraît, à l'évidence et les interventions des candidats hier soir le démontraient spectaculairement, qu'il est le mieux préparé, le plus expérimenté, et qu'il a le sens de l'Etat le plus affirmé.

Mais je veux dire aujourd'hui quelques mots sur Benoît Hamon. Je connais bien Benoît depuis longtemps. J'apprécie l'homme sympa en diable. Je le respecte et l'estime amicalement pour son parcours et sa cohérence.

Le problème est que j'ai de profondes et graves divergences politiques avec lui. Si profondes et graves que je porte un regard sévère sur son programme et ses conséquences éventuelles  pour notre pays. Je m'en tiendrai à trois exemples : 



1. Le revenu universel. Il nous le présente  comme "la" grande mesure moderne et de Gauche. De Gauche le revenu universel ?? J'ai beau chercher dans la plus profonde de mes convictions et de mes connaissances, je ne vois pas ce qui est de Gauche dans le fait de donner un revenu de base à tous les citoyens, qu'ils soient riches ou pauvres, qu'ils aient un travail ou pas ! Et je ne vois pas ce qu'il y a de gauche  à reprendre une idée avancée depuis des décennies par des économistes libéraux dont Milton Friedman fut le plus en pointe. Sans faire injure  à Benoît, Christine Boutin y est favorable aussi....smile !

Milton Friedman,  chantre de la nouvelle gauche française ? Très peu pour moi. À quoi j'ajoute que ce dispositif coûterait cher, très cher aux finances publiques : 300 à 400 milliards d'euros et que ce seul fait de l'envisager alors que nous venons à peine d'entamer la résorption de nos déficits et qu'il y a encore beaucoup de route à faire, me paraît pas seulement irresponsable : c'est une régression de la pensée de gauche.

2ème exemple : le "49-3 citoyen». On a beaucoup glosé sur le 49-3 et j'ai moi-même écrit dans ces lignes combien le vieux parlementaire " parlementariste" que je suis appréciait peu cet article de notre constitution. Même si je relativise à propos de son usage sous ce quinquennat quand une trentaine de "frondeurs " refusaient  la loi de la majorité des 270 autres députés socialistes et voulaient bloquer le travail collectif de réforme en le caricaturant et en le dénigrant malhonnêtement....c'est une autre histoire, pas tout à fait indépendante de celle-ci mais revenons au 49-3: Benoît Hamon propose un "49-3 citoyen". Je passe sur le caractère magique d'une proposition qui voudrait, en accolant " citoyen" à un symbole du parlementarisme rationalisé par de Gaulle, tracer la voie de la 6eme République. Presque dérisoire. Mais surtout dangereux ! Car, si j'ai bien compris, il s'agit de donner aux citoyens par voie de pétition, le pouvoir de bloquer un processus législatif qui leur poserait problème. Pure démagogie que de porter un nouveau coup très grave à la démocratie représentative. Mais une démagogie dont il faut mesurer les conséquences : mon cher Benoît, avec cette disposition, on n'aurait jamais aboli la peine de mort !

3ème et dernier exemple : interrogé sur ces bistrots de Seine St Denis où les femmes n'étaient pas admises sous la pression d'un islamisme radical bien peu républicain, Benoît a répondu qu'à la fin du 19ème siècle, déjà, dans les bistrots ouvriers, les femmes ne fréquentaient pas non plus les bistrots... terrible réponse. Pas seulement parce qu'elle nous renvoie  plus d'un siècle en arrière, mais surtout parce qu'elle manifeste un refus de regarder la réalité d'aujourd'hui en face, les yeux dans les yeux. Benoît considère que les musulmans de France sont les nouveaux "damnés de la terre" et que c'est leur révolte sociale qui explique le radicalisme. Terrible et tragique erreur. 



Voilà trois divergences profondes et graves avec le programme de Benoît Hamon. Elles caractérisent un programme que je considère plus  gauchiste que républicain et qui me paraît nous faire retourner 40 ans en arrière, comme si nous n'avions rien appris tous ensemble. 

Comme si nous abandonnions tout projet de gauche de gouvernement, pour retourner dans l'utopie et l'irresponsabilité. Je ne veux pas de ça  pour mon pays, je crois plus que jamais à l'éthique de responsabilité. Un dernier mot à ce sujet : quand il a refusé de rester au gouvernement - il n'a pas été " viré" comme le disent les ignorants, il pouvait rester, mais a préféré être solidaire de Montebourg et de son inqualifiable provocation de la fête de Frangy à l'égard du Président... enfantillages- Benoît Hamon était Ministre de l'Education Nationale. Poste de responsabilité si éminent, si essentiel, si lourd et majeur. Il a quitté ce poste de son plein gré quelques jours à peine avant la rentrée scolaire et cela m'avait beaucoup choqué. Je sais que je n'étais pas le seul. Toujours l'éthique de responsabilité...