vendredi 12 avril 2013

Jeudi 11 avril


Je me suis tu depuis 10 jours sur « l’affaire » Cahuzac.

Sans doute parce  que, l’âge aidant, on ne se précipite plus pour réagir et qu’on acquiert peu à peu la sagesse de prendre un peu de distance avant de s’exprimer. Nos anciens disaient « tourner 7 fois la langue dans sa bouche … ».

Sans doute aussi parce qu’ils ont été si nombreux à s’exprimer ! Et à dire tout et le contraire de tout, tout et n’importe quoi. A Droite comme à Gauche, hélas…

Comme le disait –et le dit toujours - mon père : « il vaut mieux fermer sa g…quitte à passer pour un c… que de l’ouvrir et ne laisser aucun doute sur le sujet ».

Mais je me suis tu aussi parce que je connais bien Jérôme Cahuzac et que son mensonge m’a sans doute plus abasourdi que d’autres …

Réflexions faites, que dire aujourd’hui ?

J’ai envie de m’adresser aux militants de mon parti, le parti socialiste et, en particulier ceux de mon département, parce que ce sont ceux que je connais le mieux et parce que je sais –ils me le disent, me le crient !... à quel point ils se sentent blessés, trahis.

J’ai envie de leur dire des choses simples : 

«Vous savez bien que nos vies personnelles sont faites de grands bonheurs et de grandes joies, mais aussi de crises, de drames et de tragédies, de douleurs et de souffrances.

Et bien la vie politique, c’est comme la vie ! Elle n’échappe pas, elle ne peut pas échapper à cette règle. Voilà donc que cette vie politique  que nous aimons tant, tous ensemble, pour laquelle nous donnons tant de notre temps, de notre engagement, nous fait vivre une épreuve particulièrement éprouvante.

Il faut y faire face. Avec lucidité et courage et, surtout, avec  la conviction que la vie, la vie politique, ne s’arrêtera pas là, que ce long fleuve  qui n’est pas tranquille va continuer sa route.

Soyons donc lucides : qu’est-il donc advenu ?

Une défaillance individuelle terrible. Une faute grave d’un éminent responsable politique de notre camp.

Aucune, je dis bien, aucune excuse ne peut amoindrir la gravité de cette défaillance, de cette faute.

Elle a eu un retentissement étonnant qu’il faut bien analyser. Après tout, des fautes et des manquements dans la vie politique, on en a connu d’autres. Mais pas avec ce retentissement. Pourquoi ? Peut-être parce que l’homme était brillant, compétent, combatif et que nous ressentions collectivement une grande fierté devant son travail. La chute n’en est que plus douloureuse.

Mais sans doute, surtout, parce que la situation économique est sociale est ce qu’elle est. La crise est là, avec son cortège de souffrances sociales. Et dans ce contexte-là, l’exemplarité des gouvernants est une exigence encore plus forte, leurs manquements encore plus sévèrement condamnés. Combien de mes électeurs m’ont dit des choses du genre : « Monsieur Glavany, vous nous demandez de nous serrer la ceinture et là… » ou bien « Monsieur le Député, quand je paye ma taxe d’habitation avec retard, j’ai une pénalité et le Ministre, lui… ». Il faut entendre et comprendre ces messages.

J’en ai parlé à Jérôme Cahuzac, depuis ses aveux. Je l’ai fait sans agressivité particulière mais sans indulgence non plus : je lui ai dit qu’il fallait, qu’il devait payer sa faute ; et qu’il fallait qu’il ne biaise pas, qu’il aille au bout du paiement de cette lourde dette à l’égard de la société (je parle, bien sûr, de la dette morale). Parce que c’est normal quand on est sensé servir son pays et qu’on le dessert… c’est à la Justice- et à elle seule !- de dire maintenant ce que Jérôme Cahuzac devra subir comme sanction. Ne soyons pas juges à la place des juges.

Mais cette défaillance est une défaillance individuelle ! Elle n’est pas collective nous n’avons aucune raison de nous couvrir la tête de cendres et de boire notre honte ! Aucune…

Alors, je sais bien que le peuple, nos concitoyens, nos électeurs se tournent vers nous avec sévérité et excès : « Ah, vous les socialistes ! Vous avez l’air malin avec votre compte en Suisse !... Ils sont donc tous pareils, droite et gauche confondus…tous pourris ». Eh oui, le « tous pourris » est de retour ! Et en force, ce coup-ci.

Il faudrait, en plus, que l’on se fasse donner la leçon par ce Monsieur Copé qui passe ses vacances dans la villa d’un trafiquant d’armes, fut un avocat d’affaires aux méthodes très contestables et truque les élections de son parti à grande échelle ? On croit rêver…

C’est là qu’il faut continuer dans la lucidité : non, les élus de la République ne sont pas plus pourris aujourd’hui qu’hier et ne méritent pas cet opprobre. Oui, l’immense majorité des élus est honnête et sert ses concitoyens avec dévouement, et ne doit pas subir l’amalgame pour quelques brebis galeuses….

Car c’est pour ces élus honnêtes et rigoureux que la souffrance est encore plus grande : se faire traiter de « pourri » aujourd’hui… Ne nous laissons pas aller, ne vous laissez pas aller à cette facilité ! Restons lucides.

Mais soyons courageux aussi ! Et agissons !

Voyez comment la démagogie médiatique s’est emparée du dossier : une seule solution, la transparence. Rendez publics vos patrimoines ! Soit. S’il faut le faire, on le fera.

Mais on n’aura pas avancé d’un iota. Car la question  n’est pas de publier, la question est de contrôler !

Comme tous les élus d’une certaine importance, j’ai transmis aux autorités compétentes, mes déclarations  de patrimoine depuis 20 ans et plus.

Mais  la commission concernée n’a aucun pouvoir de contrôle !! Si on veut être efficace et ne pas se payer de mots, il faut donner de vrais moyens de contrôle à la Commission.

Même chose pour le fisc : un élu qui a fraudé le fisc peut-il rester un élu ?? Peut-on servir l’intérêt général quand on a failli dans la première démarche citoyenne : déclarer ses revenus et payer ses impôts ? Peut-on accepter qu’une « transaction amiable » efface la fraude d’un élu de la République ? Hier, la droite les amnistiait…

Et ces paradis fiscaux ?? Qu’on me permette une litote : il n’y aurait aucun compte en Suisse si ce pays jouait le jeu de la loyauté fiscale ! Et l’Europe ne serait pas capable de prendre la Suisse entre quatre  yeux –comme l’ont fait les USA !!- pour la mettre face à ses responsabilités ?? Les libéraux ont belle mine…

Voilà chers amis, chers camarades, ce qui nous attend : le combat politique encore et toujours. Un combat qui nécessite lucidité et courage pour que ces fautes ne se reproduisent plus.

Un combat qui doit vite, le plus vite possible, nous permettre de revenir à l’essentiel : l’œuvre de redressement économique et de justice sociale dont notre pays a besoin plus que jamais. C’est ça la vraie mission de la Gauche.

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