lundi 9 janvier 2017

Pierre Barouh

Je veux rendre un hommage tardif à un homme disparu pendant ces fêtes de fin d'année, Pierre Barouh. Un homme de charme, de musique et de sensibilité. Un artiste ouvert à toutes les musiques du monde. À tous les rythmes. Un poète assurément. Je le connaissais un peu, par des amis communs, et la dernière fois que je l'ai rencontré, il y a quelques années, il était à la terrasse d'un bistrot parisien. Nous avions parlé d'Anouk Aimée, qui fut sa femme quelques années après le tournage de "un homme et une femme" où ils s'étaient rencontrés et à qui me lie une vieille amitié. Ses mots étaient d'une grande douceur, d'une belle gentillesse. Comme lui. Une bien triste disparition.

"Promenades en bord de mer et étonnements heureux" d'Olivier de KERSAUSON

Lu "Promenades en bord de mer et étonnements heureux" d'Olivier de KERSAUSON, paru aux éditions du Cherche Midi. Bon je connais bien Olivier et j'ai navigué souvent sur ses bateaux, et j'apprécie le caractère riche au possible de cet homme qui est, sans qu'on le sache trop, un vrai homme de culture. J'ai bataillé - sans m'y perdre, soyon  modeste - contre ses excès machistes voire réactionnaires, mais j'ai surtout beaucoup ri avec lui et passé des nuits blanches dans des discussions passionnées en sa compagnie. Et je le lis donc avec intérêt et subjectivité. Ce livre-là ne fera peut-être pas date, d'autant qu'il n'est ni un récit d'une aventure ni un essai sur la navigation, mais une collection d'anecdotes, de pensées ou de réflexions - inégales - de deux ou trois lignes minimum, deux ou trois pages maximum. Mais il faut y voir l'écriture d'un homme qui a vieilli, qui a "posé son sac" au sens où il ne sillonne plus le monde sur des bateaux de course, même s'il aime toujours pêcher en mer ou passer du temps sur les bateaux des autres, et qui se retourne vers sa vie de navigateur pour en tirer quelques leçons. J'aime bien son parallèle permanent entre Brest où sont ses origines, Le Conquet précisément où il garde son bâti de granit breton, et la Polynésie où il vit depuis une dizaine d'années. Deux bords de mer si différents et, en même temps, si semblables, au moins par son ressenti et son vécu d'amoureux des océans, de marin dans l'âme. Car il faut comprendre que le marin, quelque fût le bord de mer où il se trouve, ressent toujours le même sentiment profond quand il regarde la mer, sentiment qu'on nomme "l'appel du large".
Et puis, j'aime particulièrement son côté "moi je peins des sillages blancs sur le bleu des océans", qui résume bien sa personnalité méconnue, poétique et artistique.

"Darwin, Bonaparte et le Samaritain" de Michel Serres

Lu "Darwin, Bonaparte et le Samaritain" de Michel Serres, paru aux éditions Le Pommier. On connaît Michel Serres l'académicien philosophe et historien des sciences, le gascon pédagogue, virtuose des mots et des concepts. Il livre ici un essai sur trois personnages qui scandent trois âges de l'histoire. " Le premier âge est plus long qu'on ne le croit ; le second pire qu'on ne pense ; le troisième meilleur qu'on ne dit" dit-il. L'idée de base, fondée sur des études et statistiques incontournables, est que le monde vit depuis 70 ans une période de paix exceptionnelle et que le nombre de victimes des conflits ou du terrorisme ne cesse de décroître quoiqu'on en dise, pendant que la générosité des hommes n'a jamais été si développée. Bon, soit. Le problème est que Serres écrit désormais deux ou trois livres par an, 4 en 2015, et qu'à ce rythme, il est bien difficile d'éviter la superficialité. Et l'auteur a beau inventé des mots ou des concepts à chaque page ou presque, ça va trop vite... En tout cas pour moi. Dommage, car j'apprécie beaucoup cet homme. Mais je l'écouterai encore avec plaisir sur France-info !!

"Laetitia" de Ivan Jablonka

Lu "Laetitia" de Ivan Jablonka, paru aux éditions du Seuil. Étrange livre, d'un genre si particulier. Il relate, il faut dire, un fait divers épouvantable survenu en janvier 2011 dans la région nantaise, l'enlèvement et l'assassinat de Laetitia Perrais par le dénommé Tony Meilhon, un repris de justice au casier judiciaire long comme le bras. Cet assassinat avait provoqué d'abord une émotion profonde dans le pays car Laetitia avait 19 ans, était belle et avait eu, avec sa sœur jumelle une enfance douloureuse : Père violent et en prison, mère battue en hôpital psychiatrique, placement en famille d'accueil etc... Mais il avait soulevé également une sacrée polémique, Sarkozy accusant, à tort, les magistrats de n'avoir pas fait leur boulot, réclamant des sanctions et provoquant un mouvement de grève inégalé dans la magistrature. Sarkozy n'en fut pas à une bourde près puisqu'il prit partie pour le père adoptif contre le père génétique, alors que l'enquête démontrera que le premier était aussi un violeur patenté ...
L'intérêt du livre ne tient pas au récit du fait divers, glauque s'il en est, fruit d'un énorme travail d'investigation, mais surtout d'une réflexion globale sur tous les sujets périphériques de celui-ci : l'aide sociale à l'enfance, les enfants mineurs retirés à leurs parents, les familles d' accueil, mais aussi l'univers post-carcéral, les juges d'application des peines et les services d'insertion. Ajoutez-y un regard acéré sur le jeu des médias et vous obtenez un intéressant coup de projecteur sur une frange de notre société bien mal connue. La conclusion est d'une sensiblerie un peu bateau - genre "l'auteur qui s'est pris de tendresse pour son héroïne" - et les réflexions politiques pour le moins superficielles, mais c'est un ouvrage marquant ne serait-ce, je le répète, parce qu'il est unique en son genre.

vendredi 23 décembre 2016

Pourquoi je m'engage aux côtés de Manuel VALLS

J'ai donc choisi de soutenir Manuel VALLS dans la primaire de la Gauche du mois de janvier. Pourquoi ?
- d'abord parce que son expérience de ces dernières années est irremplaçable. Il a été un très bon Ministre de l'Intérieur, et un Premier Ministre remarquable dans une période difficile et tendue du gouvernement de la France. Et dans le monde troublé dans lequel nous vivons, je suis convaincu que cette expérience-là est indispensable. Comment dire les choses sans agressivité : je crois qu'on ne s'improvise pas sans risque Président et que l'expérience de l'appareil d'Etat à très haut niveau est une sorte de pré-requis.
- ensuite parce que cet homme-là a de l'autorité naturelle. Certains s'en font même des gorges chaudes en parlant d'autoritarisme. Ce sont tous ceux qui, imbibés de la culture gauchiste, continuent à croire qu'il serait " interdit d'interdire"... Et, en particulier, ceux qui se sont affranchis ces dernières années de la discipline de vote du groupe majoritaire, affaiblissant considérablement notre efficacité collective. Mais, pour ma part, j'en ai marre de cette République molle, hésitante, confuse, évanescente et brouillonne. J'en ai marre des "accommodements raisonnables" dans tous les domaines. Je pense que notre cher pays a besoin d'ordre et d'autorité. Sans excès. Une fermeté sereine, voilà ce que j'attends d'un chef d'Etat.
- enfin, parce que Manuel a des convictions républicaines profondes et un discours républicain qui me séduit et me convainc. Que voulez-vous : je suis convaincu que nous manquons singulièrement de République, de culture républicaine, de tradition républicaine. Je suis convaincu que nous avons trop abandonné nos valeurs républicaines et, en particulier, cette grande et belle valeur de LAÏCITÉ, qui est un atout majeur pour notre nation. Je suis aussi convaincu que le modèle républicain d'intégration reste un vrai projet et qu'il mérite qu'on le relance avec ambition. Bref je crois, tel Mendes France en son temps que la République est un projet d'une grande modernité. Et qui mieux que Manuel défend cette idée ?
Alors on me dit -et j'entends !- que Manuel ne serait pas assez "à Gauche". Mais la Gauche de gouvernement n'est jamais assez à Gauche ! Elle est même systématiquement victime du procès en trahison à peine a-t-elle commencé à gouverner. Car voilà bien son pêché originel : cette Gauche-là, la mienne, celle de Manuel et de beaucoup d'autres, elle préfère se retrousser les manches et se mettre les mains dans le cambouis, elle préfère se coltiner à la dure réalité des problèmes que de rester dans l'incantation et le rêve. Elle préfère l'action aux beaux discours. Et Manuel est de cette Gauche-là depuis l'âge de 18 ans. Il l'a apprise aux côtés de Rocard d'abord, JOSPIN ensuite. Il l'a mise en application à Evry, ville de banlieue dans une municipalité d'union de la Gauche. Alors "pas assez de Gauche" ? Peut-être. Mais qui sont les donneurs de leçons ?

Spectacle de Kader BELARBI

Vu, au Parvis à Ibos, dans nos chères Hautes-Pyrénées, le spectacle du ballet du capitole proposé par l'ami Kader BELARBI autour de la chorégraphe Maguy MARIN. KADER, magnifique danseur et ancienne étoile de l'opéra, dirige le ballet du capitole depuis bientôt 5 ans, et y fait un travail tout à fait remarquable dont j'ai déjà eu l'occasion de parler souvent. À 54 ans, ce passionné et travailleur infatigable garde l'obsession de "tirer la danse vers le haut", et il y parvient avec ce corps de ballet qu'il a métamorphosé. Et, à l'inverse d'un Millepied un tantinet mégalo et narcissique, il sait que les vraies stars ce sont les danseurs, ses danseurs. Il présentait hier une soirée ouverte par une de ses premières créations, il y a 20 ans ou plus, "salle des pas perdus", sur les errements de quatre voyageurs avec valises sur une musique pour piano de Prokofiev. Suivaient deux œuvres de Maguy Marin :
- "Éden", étonnant duo - on ne dira pas "pas de deux" car il n'y a quasiment pas de "pas"!- sur un bruit de pluie et d'orage, où la danseuse est portée pendant un quart d'heure par son compagnon, s'enroulant langoureusement autour de lui avec une harmonie et une synchronisation époustouflante des corps. Très original et intéressant.
- "Groosland", pour vingt danseurs sur une musique de Bach. Un ballet pour les gros !
Étonnants costumes où les danseurs et danseuses sont transformés en bibendums bien disgracieux mais font la preuve spectaculaire que le poids et le volume n'empêchent pas la légèreté et la grâce. C'est très amusant et gai. Et ça donne envie de danser à ceux qui, comme moi, n'ont pas assez surveillé leur tour de taille ! KADER nous avait invité à le rejoindre en coulisses pour voir les danseurs retirer ces combinaisons de latex doublées de mousse : c'est aussi un exploit que de danser emprisonné dans ces saunas étouffants ...

vendredi 16 décembre 2016

Danse


Depuis la mort de Maurice Béjart, je tiens Jiri Kylian pour le plus grand chorégraphe contemporain. Ce natif de Prague, désormais installé aux Pays-Bas, est pour moi celui qui sait le mieux conjuguer danse classique et modernité, et trouver toujours l'harmonie du mouvement des corps avec les musiques.
Eh bien, il livre en ce moment à Paris, un spectacle formidablement harmonieux et d'une élégance rare.
" Bella figura" d'abord. Je le voyais pour la quatrième ou cinquième fois et c'est toujours le même bonheur, un peu comme on retrouve" le Boléro"  de Béjart ou " le parc" de Prejlocaj : des " must" . Ces danseuses et danseurs avec ces longues et belles robes rouges et leurs torses nus, se meuvent avec une sensualité exceptionnelle et une harmonie délicieuse sur plusieurs musiques dont un très beau Vivaldi.
"Tar and feathers" ou encore " le goudron et les plumes"  sur plusieurs musiques dont le joli concerto pour piano de Mozart, est peut-être un ton en dessous, mais c'est une très belle création.
Enfin, " symphonie de psaumes" , autre création sur la musique éponyme de Stravinski, est une très belle réussite. Ces psaumes-là sont bien laïques ! Sereins et équilibrés, solennels et légers.... une très belle réussite pour conclure une très elle soirée.